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Fiches pratiques au service des ressources humaines

Edito de Jacques ATTALI

Jacques ATTALI

Si l’on en juge par l’évolution des mentalités, tout porte à croire que l’accès à l’emploi des personnes handicapées va s’imposer comme une problématique centrale et incontournable des sociétés de progrès. En ce sens, il s’agit d’une question d’avenir ; et ce, pour au moins trois raisons. La première est d’ordre technique : les modifications matérielles apportées à l’échelle d’une ville et plus encore d’un pays ne peuvent se concevoir que sur le long terme. La seconde est une considération éthique car au-delà de l’aspect purement technique, l’accès des handicapés au domaine public doit nécessairement s’accompagner d’une prise de conscience collective et individuelle, qui, plus encore que la première, ne peut s’inscrire que dans une perspective de long terme.


Une prise de conscience que le handicap est aussi le lot commun des femmes, des milieux défavorisés, des jeunes, des plus âgés. En ce sens, qu’il réunit, rassemble, embrasse tous ceux qui se trouvent en situation de vulnérabilité sociale.Enfin, une dimension qualitative mérite d’être soulignée.Une société civilisée se doit d’offrir à chacun de ses membres l’opportunité d’exprimer son talent. D’où le rôle fondamental de l’éducation qui doit, à terme, conduire les personnes handicapées et leurs recruteurs à apprendre à se connaître et à promouvoir les qualités intrinsèques de chacun.

À long terme, les futurs employeurs devront donc sortir de la double logique compassionnelle et comptable (quotas) pour aborder la question de l’emploi des personnes handicapées selon un prisme qui mette en valeur leur potentiel. Bien souvent, ces derniers développent des capacités et talents qui les distinguent de leurs pairs valides. Déceler ces capacités s’inscrit, là encore, dans la durée.

Il va de soi que les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs passent d’abord par une volonté politique assumée, largement partagée. Même si d’incontestables progrès ont été réalisés ces dernières décennies, beaucoup reste à faire. En France,seulement 57% des autobus comportent un espace destiné aux personnes en fauteuil roulant en 2010 et une seule ligne de métro sur les 14 lignes parisiennes présente un tracé totalement accessible aux handicapés. Au-delà de l’accessibilité aux transports publics, l’évolution de l’emploi des personnes handicapées ne peut se faire que si elle est accompagnée d’un changement profond dans le regard des autres. Un travail qui doit commencer très tôt, au niveau de l’école. Un chef d’entreprise aujourd’hui sera beaucoup plus enclin à ouvrir ses portes à une personne à mobilité réduite s’il a été depuis son plus jeune âge amené à partager le quotidien, les difficultés et les espoirs de quelques camarades en situation de handicap. D’où la nécessité de faire participer les enfants valides à des activités parascolaires (camps de vacances par exemple) qui les mettent en contacts étroits avec d’autres enfants handicapés.

Au delà, la question de l’avenir de l’emploi des handicapés devra mobiliser le travail des deux parties en jeu. Pour la personne handicapée, il ne s’agira pas seulement de postuler à un emploi en espérant profiter d’une politique de quota, mais de mettre en exergue les dispositions, capacités et talents dont il est détenteur, souvent mal mis en valeur du fait de son handicap. De son côté, l’employeur devra, en partant du postulat que la personne handicapée qu’il a face à lui recèle de compétences parfois ignorées de l’intéressé lui-même, s’efforcer d’aller à la recherche de ces talents, dont il pourra à son tour faire profiter l’entreprise. Enfin, il va sans dire que les nouvelles technologies vont s’avérer de plus en plus précieuses dans la bataille pour l’accessibilité aux transports, aux médias, aux espaces publics, virtuels et réels, des personnes handicapées, et par conséquent dans celle de leur accès à l’emploi. A commencer par les technologies génomiques, qui bouleversent le concept même de handicap en permettant d’identifier les gênes responsables des caractères génétiques défectueux, voir demain, peut être, de les guérir.

Développer ces solutions relève de la responsabilité de tous. Il en va de la cohérence de notre société et du respect des valeurs sur lesquelles elle s’est construite.